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chez les sorciers

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Je suis enfin passé à l’Herboristerie de la Place Clichy (87 rue d’Amsterdam). Cela fait longtemps que je voulais me fournir en décoctions mystérieuses. Comme mon nouvel ophtalmo est dans le quartier (un médecin qui a le sens de l’humour, et capable de parler littérature ; il a noté que j’avais 35 ans et demi sur la fiche de renseignement), j’en ai profité pour pousser la porte de cette maison de sorciers, que j’imagine errer dans les forêts brumeuses de Bretagne (les nuits de plaine lune) pour ramasser des herbes magiques, préparer des potions dans des chaudrons en fonte, dans les immenses caves sous la boutique (des caves qui communiquent avec les catacombes et des passages secrets). J’ai été servi par une jeune femme classique (pas de hiboux dans les cheveux, pas de balai), mais les sorciers ont du apprendre à se camoufler sous l’apparence de gens normaux pour survivre. J’ai bien vu que j’étais dans un lieu où régnait le surnaturel : bocaux, décoctions, onguents, teinture-mère, herbes étalées sur la comptoir. J’ai parlé de mes maux récurrents (ventre, angoisse), et elle m’a donné deux paquets d’infusion (la première à base d’uncaria, de fucus, de caroube, de ratanhia…, la deuxième à base de lavande, souci, camomille… -je ne révèle pas tous les ingrédients, et puis je suis sûr que certains ne sont pas indiqués, trop secrets, trop puissants pour être portés à la connaissance des profanes). On verra si c’est efficace. Ce qui l’est en tout cas, c’est un tel lieu, un tel savoir, ça poétise la vie, ça ajoute de la fantaisie et du mystère, et c’est donc déjà une pharmacopée qui marche.

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