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le Lou Reed des temps modernes

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J’avais un mal de crâne terrible pendant les quelques heures passées au salon du livre, les jambes en coton, des éclairs dans les yeux et de la fièvre, des difficultés à respirer (c’est donc bien un virus ce truc, un virus du rhume et de la migraine, et pas besoin de microscope pour le voir, il tient dans un hall porte de Versailles, il a des stands ce virus). J’ai demandé au moins à une dizaine de personnes (auteurs, éditeurs, attachées de presse) des anxiolytiques ou des bêta-bloquants. Personne n’en avait. C’est incroyable. Je pensais que l’édition était un repaire d’angoissés. Je suis un peu déçu. Cela doit être un truc d’auteurs (d’ailleurs Olivier en avait, mais dans sa chambre d’hôtel). Le copain de J., qui est médecin, n’avait rien sur lui, mais alors à quoi bon devenir médecin si ce n’est pas pour avoir toujours sur soi une trousse pleine de bromazépam, de codéine, de tétrazépam, de tramadol (ainsi que le nécessaire pour extraire une balle de révolver) ? Il l’avait sans doute oubliée (car il est cool). Ceci dit ça doit bien faire quatre ans que je n’ai pas pris de psychotropes, et je m’en passe très bien. Le problème des anxiolytiques c’est que parfois on en a besoin pour une occasion précise (prendre l’avion, essayer de comprendre comment remplir une déclaration Agessa, préparer une tarte tatin), et que sitôt l’obstacle passé, on se retrouve avec une boîte pleine. On n’en a plus besoin, mais comme on nous a appris à ne pas gâcher on se sent un peu obligé de terminer cette boîte en quelques mois, avant la date de péremption, on en vient même à s’inventer des angoisses pour avoir l’occasion de prendre un comprimé. C’est pour ça que la meilleure solution consiste à ne pas avoir soi-même d’anxiolytiques, mais d’être entouré par des gens qui en ont et que l’on pourra taxer si nécessaire.

J’ai quand même croisé quelques personnes (Eric Pessan, Quentin Faucompré, Sandrine Bonini, Jakuta, Olivier A… et bien sûr de bienveillants lecteurs), et donc ça valait le coup pour ça.

Que dire du débat auquel j’ai participé ? C’était sur la genèse d’un écrivain. On invente des réponses. On n’est pas obligé d’inventer des réponses conformes à la mythologie. J’ai dit que j’étais devenu écrivain pour m’en sortir. J’ai dit que je n’avais pas beaucoup d’amis quand j’étais jeune (à part les inadaptés magnifiques) et que je n’étais pas un bon élève, et donc l’art était un moyen pour moi de m’en sortir. Je n’étais pas doué pour les relations sociales et j’étais un élève très moyen, la seule voie pour échapper à l’échec qui planait était de devenir un artiste, écrivain ; il y a peu de jobs faits pour ceux qui sont mal partis, qui leur permettent d’avoir une vie belle et pas catastrophique. Des gens ont trouvé ça très drôle. Je ne trouve pas ça spécialement drôle. C’est plutôt le contraire. J’imagine que c’est ce qui se passe quand on est sincère et qu’on dit quelque chose de sincère et juste mais d’inattendu. Les gens pensent qu’on plaisante. Ils l’espèrent. Alors pour ne pas penser ils rient. Ils ne peuvent pas comprendre ce que cela veut dire, ils ne le veulent pas. On devient artiste pour s’en sortir. C’est une décision d’enfant, inébranlable.

Aujourd’hui : Silver Jews, The Kinks. J’ai acheté Eight Ball de Daniel Clowes et c’est terriblement bien (bravo aux éditions Cornelius, un éditeur qui fait  un travail magnifique). J’ai aussi acheté L’image Survivante de Georges Didi-Huberman (sur Aby Warburg, le sous titre en est : « histoire de l’art et temps des fantômes »). Didi-Huberman c’est le Lou Reed des temps modernes. J’ai repris mes croquis, mes petits dessins, mes têtes de personnage et mes bulles de dialogue (rêve secret : devenir dessinateur bd).

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