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MAGIQUE

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Je suis arrivé en Allemagne ; je retrouve le calme, le silence, mes journées de travail sans interruption. Ces quinze jours à Paris ont été riches et éprouvants : journalistes, visite à une amie opérée d’un cancer à Curie (hello Anne F.), concert de musique baroque à l’auditorium du Louvre (merci toxica), pas mal de rendez-vous, mes amis. Alix, mon éditrice aux éditions de l’Olivier, a lu les histoires pour le livre que je suis en train de faire avec Quentin Faucompré, et tout va bien. Il ne manque plus qu’une histoire à écrire.

Emission délirante sur arte (visible sur le net) : « huit journalistes en colère ». Le conformisme et le cynisme se portent bien. La différence entre la Pravda soviétique et la quasi-totalité de la presse française c’est la polyphonie de celle-ci. C’est une différence acoustique. Si Axel Ganz pense qu’internet est le mal incarné cela renforce ma conviction que c’est ici que se disent les choses les plus intéressantes et les plus libres.

Je viens d’écouter un entretien avec Malalaï Joya, députée afghane (à écouter sur le site Là-bas.org). Députée exclue de l’assemblée. Je vous conseille d’écouter ça.

Une amie vient de me dire que j’étais un petit peu misogyne, je n’ai pas exactement compris pourquoi. Je suis un peu vexé. Mais elle doit avoir raison (j’ai de grandes capacités à la culpabilité) (elle me disait aussi qu’il était socialement admis d’être misogyne, que ça pouvait même être cool ; elle trouvait ça indéfendable, et elle a raison : on laisse passer trop de choses, des choses qui ne sont pas anodines).

Je me suis remis à écrire au stylo plume ; et je découvre le plaisir de manier cet outil, l’encre et ses nuances sur mon cahier, les flacons d’encre. J’en avais assez de jeter mes stylos usagés. Je veux m’attacher, je veux des choses solides. On ne peut pas passer son existence à se débarrasser de tout sans que notre âme n’en soit changé. Les monuments de notre époque sont des décharges.

J’aimerais bien être celui qui invente les noms des encres J. Herbin ou Noodler’s. Ce serait un chouette métier.

Article sur Chesterton terminé. Il a l’image d’un auteur brillant mais aussi d’au auteur catholique et réactionnaire. Il ne faut pas le laisser à la droite et aux catholiques ; ils le servent mal, on est pas loin du kidnapping. Je suis pour une collectivisation de Chesterton. Il est pour tout le monde. Une citation : « Ma première et ma dernière philosophie (en laquelle je crois avec une certitude inébranlable), je l’ai apprise dans mon enfance. Les choses que je croyais alors, les choses auxquelles je crois aujourd’hui, sont ce que l’on appelle des contes de fées. Ce sont des choses parfaitement raisonnables. Ce ne sont pas des fantaisies. » Plus loin il écrit : « L’arbre donne des fruits car il est MAGIQUE. La rivière coule de la montagne car elle est MAGIQUE ». Comment ne pas aimer cet homme ?

Il y a de grands poètes vivants. Jean-Claude Pirotte est là, pas loin, il écrit et publie. Il faut lire sa chronique dans Lire. Et ses poèmes. Nous nous écrivons depuis deux ans ; à chaque fois il fait une aquarelle sur l’enveloppe, ou au moins un dessin. Cela me touche infiniment. Je connais peu de personnes si généreuses et si élégantes. J’ai conscience de vivre quelque chose d’unique. Souvent on s’en rend compte après, quand le temps est passé, on comprend que l’on a été en contact avec la douceur et le génie, trop tard. Nous sommes entourés de gens de talent, de grands artistes. Mais, chez l’amateur d’art il y a un charognard qui attend la mort pour être capable de goûter quoi que ce soit. Il faut s’entraîner, se réveiller, c’est un travail : voir la beauté et l’originalité accessibles, si proches qu’on les ignore. Il faut lire Pirotte. Ce monde est dur et tout le monde semble faire un concours pour être le plus intransigeant, le plus réaliste. Un peu de douceur, par pitié, de gentillesse  ; c’est une autre façon de regarder.

Après un café avec le dessinatrice Sandrine Bonini (nous avons un livre en projet), je voulais aller boire un thé chez T’cha, rue du pont de Lodi ; mais à 11h il n’était pas encore l’heure des dégustations. Alors, une camarade dessinatrice et moi nous avons bien été obligé de nous rabattre sur (brrr!) Mariage Frères (pour ceux qui ne connaissent pas : une sorte de pâtisserie salon de thé, un genre de Ladurée ; il est plus sage d’y aller pour le décor et l’ambiance que pour le thé). C’est agréable, parfumé, calme, bourgeois ; on nous sert le thé déjà infusé dans des théières immenses (une chacun). Je ne connais pas les thés indiens j’ai donc commandé un darjeeling qui m’a semblé correct (il avait un nom bizarre comme « Montagne sacrée verte et bleue mangée par une hirondelle »). Nous avons beaucoup parlé de la franchise, de la douceur en amitié, et de la capacité de se réjouir. Nous étions d’accord : l’amitié est une chose précieuse, qui mérite d’être pensée. Et qui ne l’est quasiment jamais.

Dès le départ je n’ai pas su comment faire avec facebook. Je prends ça comme une sorte d’annuaire. Bien sûr je ne connais pas la plupart de ceux qui y sont mes amis ; mais je ne me vois pas refuser quelqu’un qui me demande d’être son « ami » facebook. Cela me rappellerait trop la cour de récréation.

Histoire bizarre concernant une jeune écrivaine allemande nommée Helene Hegemann à propos d’une nouvelle que j’ai écrite il y a des années et qui a été traduite et publié par Wagenbach Verlag (ensuite adapté pour l’écran par un metteur en scène allemand, Benjamin Teske). Il y a du brouhaha, mais le brouhaha ne dit rien, je ne connais pas cette fille, difficile de juger, mais j’aimerais en savoir plus ; si quelqu’un a le texte qu’elle a publié dans Vice magazin, cela m’intéresserait (danke).

Je réécoute beaucoup Belle & Sebastian. Waaaa.

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